Les gouvernements Macron ou la haine des Jeunes ?

« Tu casses, tu répares ; tu salis, tu nettoies ; tu défies l’autorité, on t’apprend à la respecter. »

Après les révoltes conséquences de la mort de Nahel en 2023, l’éphémère ministre de l’Éducation nationale puis Premier ministre, en avait fait un mantra. En Février 2025, les groupes de droite et d’extrême droite se sont réunis pour donner un nouveau coup de canif dans les droits des Enfants en votant une loi extrêmement répressive sur la justice des mineurs. – et ce au moment même où le nouveau Premier ministre est mis en cause dans des affaires de pédocriminalité dans l’Éducation catholique, qu’il est accusé d’avoir ignoré (au minimum). Une nouvelle attaque contre la justice, au passage, accusée encore une fois d’être trop laxiste, au mépris de la séparation des pouvoirs, et en contradiction totale avec la répression qui s’est abattue sur les quartiers populaires après les révoltes et émeutes de 2023.

Dans le même temps, il aura fallu un temps infini pour qu'enfin un programme d’Éducation à la Vie Affective et Relationnelle, et à la Sexualité (EVARS) soit adopté. Un an et demi de tergiversations, de reculs, de débat public gangrené par la désinformation et par un activisme réactionnaire mené par l’extrême droite et une partie de la droite. Et cela alors que l'EVARS est un outil essentiel à la fois pour protéger les enfants des violences sexuelles et sexistes (VSS), pour lutter contre les stéréotypes et les discriminations mais aussi pour préparer la société égalitaire, inclusive, démocratique et juste de demain. Ces attaques contre ce nouveau programmes, parfois accompagnées sur le terrain de menaces envers des enseignantEs sont largement encouragées par des personnalités politiques comme l’ex-ministre Alexandre Portier qui répondait à un sénateur que “ce programme en l’état n’est pas acceptable et il doit être revu.” Avec visiblement une obsession : « protéger les enfants ».

Mais les protéger de qui ? De quoi ? Visiblement pas des VSS dans le cadre familial, religieux ou scolaire, puisqu’un premier ministre, ancien ministre de l’Éducation, baron local, parent d’élève et conjoint d’enseignante n’a pas jugé utile de s’emparer du scandale de Bétharram. Pas des violences de genre plus généralement, puisque les mauvais traitements d’élèves, discriminéEs en raison de leur appartenance réelle ou supposée à une minorité de genre au lycée Stanislas, semblent déjà avoir été oubliés par les ministres de l’Éducation nationale successifs. Pas non plus d’une violence sociale, puisque le projet porté par la presque majorité présidentielle prévoit de permettre la comparution immédiate pour les mineurs, la fin d’un mode de jugement adapté à leur âge (à moins que le juge des enfants ne motive sa décision, c’est-à-dire prenne le temps de la justifier) pour les mineurs récidivistes. Le ministre de la Justice a même envisagé d’abaisser l’âge à partir duquel unE mineurE peut être assigné à résidence avec un bracelet électronique (16 ans aujourd’hui).

À côté de cela, l’État faillit à tous ses devoirs envers les mineurEs : éducateurICEs, accompagnantEs, juges pour enfants manquent partout. L’ASE, depuis la départementalisation, fonctionne mal, très mal, avec des placements d’enfants victimes ou des mesures éducatives qui ne sont pas exécutées faute de moyens. Le nouveau gouvernement n’avait même pas envisagé de nommer unE ministre, unE ministre déléguéE ou même unE simple secrétaire d’État chargé de la question des droits des enfants. Devant le tollé, un Haut Commissariat a certes été créé, mais lorsqu’on songe qu’avant 2009 existait unE DéfenseurEUSE des droits des enfants, on ne peut que constater le recul de la France, pourtant actrice historique de la signature de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant. Et ce d'autant plus que la Haute Commissaire est l'ancienne ministre Mme El Haïry, qui s'était fait remarquer en chantant La Marseillaise pour mettre fin à un débat avec des jeunes qui la mettaient en difficulté. L'ordre, plutôt que le débat et l'écoute.

Qu’on ne s’illusionne pas : l’école est incluse au sein de cette société qui ignore de plus en plus les droits et les besoins des enfants et des adolescentEs, surtout celleux des quartiers et des classes populaires, d’autant plus lorsqu’ielles sont perçuEs comme raciséEs. Nos élèves sont concernés, ielles sont viséEs par les discours de « retour à l’ordre » qui sont montés en puissance sous l’ère Macron. Depuis l’époque des premiers débats sur le SNU – un autre dispositif qui, depuis 2019, soumet des jeunes plus ou moins volontaires à de la maltraitance, un encadrement brutal, du harcèlement et des agressions sexuelles, du racisme - les débats récurrents sur le « retour » de l’uniforme à l’école (alors que la France n’a jamais appliqué une telle politique), sur les tenues vestimentaires des jeunes filles – du crop top à l’abaya – avec leur fond rance de sexisme et de racisme, mais aussi de mépris de classe, nous poussent à nous demander si les gouvernements de l’ère Macron n’ont pas une cohérence, toute simple : celui de la haine des jeunes.

La révélation par une partie de la presse des VSS et des violences « éducatives » à Bétharram, dont des ancienNEs élèves et victimes se rappellent encore aujourd’hui comme relevant d’une volonté de « briser » des élèves, suscite le déni des politiques, y compris celui de la ministre actuelle de l’Éducation nationale, qui préfère s’en prendre aux lanceuses d’alertes qu’au phénomène, et une levée de bouclier de la presse conservatrice et réactionnaire.

Comment s’en étonner ? Lorsque notre premier ministre demande si on peut penser qu’en « bon père de famille », il aurait scolarisé ses enfants dans un établissement qu’il eût connu comme violent, la réponse est oui. Oui, car cet établissement, comme avant lui Stanislas, participe de la vision partagée par la majeure partie de la classe politique de l’éducation des enfants à l’école. Une vision si centrée sur l’autorité qu’elle n’est qu’autoritaire. Une vision si axée sur l’ordre qu’il n’y est question que de briser les enfants, de les faire marcher au pas, en uniforme, de les contrôler plutôt que de leur donner les outils de leur émancipation, et de les enfermer si iels s’y refusent. Et surtout pas de leur émancipation sur les questions de classe, de racisme, de violences sexistes et sexuelles et de genre.

SUD éducation 13 se tient au côté des victimes des violences pédocriminelles et dites "éducatives" en milieu scolaire, et continue de revendiquer une autre école, pour une autre société. Comme le Sundep-Solidaires et la fédération SUD éducation, SUD éducation 13 fait part de son indignation et de sa détermination à lutter contre toute forme de violence et de dissimulation au sein du système éducatif, et particulièrement de l’enseignement catholique sous contrat. Nous exigeons que la parole des élèves soit entendue : dans chaque académie, dans chaque établissement scolaire, dans chaque école, des actions de prévention doivent être menées et des personnels doivent être en mesure d’entendre la parole des victimes et de les accompagner. Les adultes ayant commis des faits de violences n’ont pas leur place dans les établissements scolaires, leurs soutiens n’ont rien à faire au gouvernement. La justice n’a pas à être instrumentalisée contre les Droits de l’Enfant, qui ne peuvent en aucun cas être jugéEs comme des adultes.

Contre les projets réactionnaires, autoritaires, violents et discriminatoires, SUD éducation 13, en accord avec ses orientations départementales, continue et continuera de revendiquer une école qui ne soit pas au service du maintien d'un ordre social existant. L’école et la formation des citoyenNEs est un sujet éminemment politique, changer l’école pour changer la société est d’autant plus d’actualité.

Nous revendiquons donc toujours, et plus que jamais :

  • la fin du financement par l’État des établissements privés confessionnels, la nationalisation sans rachat ni compensation de l'enseignement privé et la fonctionnarisation de l'ensemble de ces personnels.

  • le renforcement d'un vrai service public de la petite enfance.

  • la satisfaction des besoins fondamentaux, la conquête des droits sociaux y compris pour les enfants.

  • le renoncement au flicage des élèves, l'abrogation de la loi de 2004, et la fin des discours discriminatoires liées aux tenues des élèves dans les établissements scolaires.

  • la mise en place de véritables formations de plusieurs jours afin d’explorer et d’échanger sur la manière de transmettre aux élèves les nouveaux programmes d’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle. 

  • un véritable accompagnement médico-social des élèves dans les établissements scolaires. Nous exigeons que la présence dans chaque établissement de psychologuEs, assistantES socialEs, infirmierE et unE médecin.

Nous réaffirmons également avec force l’importance du collège unique, polytechnique, et rejetons l’orientation précoce des élèves.